
Près de 40 ans sur la route, une passion intacte et une approche du métier forgée par l’expérience. À 58 ans, Philippe Vanwonterghem, Français vivant en Belgique, fait partie de ces professionnels de la route pour qui conduire est devenu une seconde nature. Chauffeur chez TVX, il sillonne les routes entre la Belgique et la France au volant d’un Scania V8 530S qu’il conduit avec une maîtrise rare.
Parfois, une carrière tient à peu de choses. Pour Philippe Vanwonterghem, tout a basculé à la fin des années 80. « A la base j’étais à l’armée en France, engagé pour partir au Liban. Suite à des attentats là-bas, le départ a été annulé. J’ai alors changé complètement de voie. J’ai trouvé un transporteur qui était d’accord de m’engager en tant que ‘jeune permis’ et j’ai commencé à rouler en groupage à l’international en 1987. On roulait partout : France, Belgique, Portugal, Grèce, Italie, Allemagne, Suisse… C’était une autre époque. Une époque où la liberté était plus grande, mais où l’improvisation faisait aussi partie du quotidien. »

État d’esprit décisif
Au fil des années, Philippe a travaillé pour une dizaine d’entreprises. Non pas par conflit, mais par choix. « Je ne me dispute jamais avec un patron. Mais quand j’estime que ça ne va plus, je m’en vais. Je suis quelqu’un qui avance. » Une philosophie qui lui a permis de multiplier les expériences tout en conservant de bonnes relations partout où il est passé.
Installé aujourd’hui à Dottignies, en Wallonie picarde, il travaille depuis un peu plus de cinq ans pour l’entreprise TVX de Kortemark, spécialisée dans le transport frigorifique. Une société qu’il a vue grandir. « Quand je suis arrivé, on était 15. Aujourd’hui, on approche des 50. »
Ce qui fait la différence pour Philippe ? L’état d’esprit. « Mon patron, Xavier Vanhooren, connaît le métier. Quand il doit prendre le volant, il le fait. Ce n’est pas quelqu’un qui reste derrière un bureau à donner des ordres irréalistes. »
Un rythme et un équilibre
Basé à Mouscron, Philippe évolue de manière autonome. « Je fais mon travail et suis en contact avec le planning. Pour le suivi du camion, je note à la main ce qu’il y a à faire et le garage s’en occupe. À l’ancienne ! » Une organisation simple et efficace qui lui convient parfaitement.
Aujourd’hui, Philippe transporte principalement du poulet pour une entreprise agroalimentaire. Une activité dédiée, entre la Belgique et la France, avec un retour à domicile tous les deux jours. « Ce rythme me convient bien, reconnaît-il. Et j’aime toujours autant rouler. Je le vis d’autant mieux que j’ai la chance d’avoir une femme parfaite, qui a toujours compris ce que ce métier implique. »
Rencontrée en 1989, elle partage sa vie depuis lors. Ensemble, ils ont trois enfants et sont aujourd’hui grands-parents. « C’est elle qui a élevé les enfants. Le métier est comme ça… mais ce n’est pas propre aux chauffeurs. »

Un Scania V8 530S à la hauteur
Depuis près de quatre ans, Philippe conduit un Scania V8 530S. Un camion dont il mesure chaque jour la valeur. « Franchement, je trouve que j’ai de la chance d’avoir un tel tracteur. Le fait que le patron soit un amoureux du camion n’y est pas étranger. Il est très bien équipé… presque trop pour moi ! » plaisante-t-il.
Peu enclin à exploiter toutes les technologies embarquées, c’est surtout l’habitacle et le comportement du véhicule qui le séduit. « Le poste de conduite est exceptionnel. Il est ergonomique, confortable. Tout est bien pensé et bien agencé. Et avec le V8, les relances se font sans effort. La boîte est parfaite. C’est un vrai plaisir à conduire. »
22 à 23 l/100 sur les départementales
Un V8 dont Philippe parvient à tirer le meilleur, avec des scores de consommation exceptionnels. Il tourne en moyenne entre 22 et 23 litres aux 100 km, malgré des parcours exigeants sur routes secondaires, souvent étroites et imprévisibles. « Quand les filtres s’encrassent, je monte à 24 litres. Sinon, je reste en dessous. »
Son secret ? « Je roule à l’oreille », explique-t-il. Une approche qu’il a développée au fil des années.
Il se souvient d’un déclic marquant : « Un jour, je suivais mon patron sur la route. Après 100 km, j’ai attiré son attention sur le fait que ses feux stop ne fonctionnaient pas. Il m’a répondu : « C’est normal, je ne freine pas ! » Cette leçon m’a profondément marqué. Par la suite, mon approche a été renforcée par un stage d’écoconduite où des caméras étaient combinées à un système de pendule qui devait être maintenu autant que possible de façon centrale dans les virages pour fluidifier la conduite. »

Les freins ? Pas besoin…
Depuis, Philippe privilégie l’anticipation et la conduite souple. Avec des résultats épatants côté consommation donc, mais aussi au niveau de l’usure des freins. Après 572.000 km, non seulement son Scania a encore ses plaquettes d’origine, mais elles sont pratiquement à l’état neuf ! « L’afficheur indique qu’elles sont entre 100 % et 94 %, précise-t-il. D’ailleurs, je pense pouvoir sans problème atteindre le million de km sans devoir les changer. »
Pour maintenir ces performances qui sont devenues plus un amusement qu’une contrainte, Philippe ne laisse rien au hasard. « Je contrôle les niveaux toutes les semaines et la pression des pneus tous les mois. »
Il tient également un carnet précis. « C’est mon truc, je note tout : les interventions, les consommations à la semaine que je relève moi-même et qui, en cas de variation, permettent d’anticiper un problème… »
Rouler comme pour lui
Une méthode simple, mais redoutablement efficace pour un chauffeur qui résume sa philosophie en une phrase : « Je ne suis pas patron, mais je roule comme si le véhicule était à moi. »
Une approche faite d’anticipation, de rigueur et d’expérience, qui se traduit concrètement sur la route. La preuve qu’au-delà de la technologie, le facteur déterminant reste toujours… le chauffeur.
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